green tree during sunset on a sunny day

Au risque de vous surprendre, c’est mon avis !
O
n ne guérit pas de la schizophrénie, du moins pas avec des médicaments…

 

Effectivement, si vous n’avez pas d’avis, ou si vous vous questionnez sur le sujet, c’est peut-être parce que vous venez d’apprendre que votre fils, votre fille, votre conjoint, un proche ou vous-même avez reçu ce diagnostique : « schizophrénie ».  En effet, les préjugés sont tenaces à propos des im-probabilités de guérison, et j’en suis navré…

Comme tout le monde, votre réflexe est de faire des recherches sur internet, et comme tout le monde, vous trouverez des statistiques qui varient fortement. Le fait est que le terrain est mou !

D’une part, les manifestations du trouble nommé « schizophrénie » varient fortement d’un individu à un autre. Certains, les plus gravement affectés, séjournent à vie dans des institutions spécialisées, d’autres ont une vie sociale plus ou moins normale, des activités et parfois même un emploi. J’en sais quelque chose puisque j’ai travaillé (après ma guérison !) pendant plus de vingt ans dans la réinsertion socioprofessionnelles de personnes affectées par des troubles qui affectent les apprentissages.

Une autre raison réside dans le fait que le mot « guérison » est très inapproprié en matière de santé mentale, ceci peut-être en raison du fait que ceux qui établissent des statistiques sur le sujet sont les mêmes qui proposent des soins, essentiellement basés sur les médicaments, donc sur des traitement palliatifs. Ainsi, ils évoquent un terme plus prudent : « le rétablissement ». La guérison, en terme de schizophrénie, n’est pour ainsi dire jamais envisagée.

Et pourtant, me direz-vous, je m’affiche comme étant guéri, et je l’assume pleinement ! Cependant, je suis animé par quelques convictions fondées sur mon parcours et mes expériences. Laissez-moi vous les partager :

LES CAUSES

Les progrès de la biologie démontreraient à ce jour des causes multifactorielles, soit une vulnérabilité génétique ou/et bactériologique, précipitée ensuite par des événements traumatiques, autrement dits : environnementaux ou épigénétiques. Cela est sans doute pertinent, mais elle a induit dans la croyance populaire une vision linéaire et simpliste de « dérèglements chimiques dans le cerveau » qui sont dès lors soignés presque exclusivement avec des médicaments neuroleptiques, soit des traitement palliatifs.

l y a quelques décennies à peine, on attribuait aux psychoses, soit l’autisme et la schizophrénie (sans les « produits dérivés » que ne cessent de façonner le DSM, s’offusque M. Boris Cyrulnic) une cause essentiellement environnementale, soit la conséquence de traumas engendrés dans la toute petite enfance, voire en l’état embryonnaire. Dans ce sens, Françoise Dolto, célèbre psychiatre et psychanalyste française, guérissait ces enfants et adolescents en rétablissant ce que l’on appelle « l’image inconsciente du corps« , car effectivement, en toute psychose, il y a une fracture entre les émotions et les ressentis corporels. Chez certains, cette fracture se manifeste très tôt, et tant mieux, car on peut envisager des soins alors que la plasticité cérébrale est souple et réceptive . Chez d’autres, elle se « colmate » et explose à l’adolescence ou en tant que jeune adulte, ce fus mon cas.

L’ENCAPSULAGE

Il faut savoir qu’au terme de la croissance, soit vers l’âge de 21 ans, notre constitution physique est terminée, mais aussi figée. La santé mentale, mais aussi les troubles, sont inscrits dans notre constitution pour former une entité morpho-psychologique indissociable. Notre identité est l’expression de tensions, ou d’absence de tensions, chroniques et inconsciences sur les chaînes musculaires qui forment la carrosserie du corps, les tissus conjonctifs qui forment l’image inconsciente du corps et dans la qualité de notre respiration dont dépend la souplesse du diaphrame. Pour le pire et le meilleur, l’expression de notre identité est dès lors emprisonnée, mais aussi protégée, dans la structure physique, on parle alors d’encapsulage morpho-psychologique

Au même titre que le logiciel ne peut fonctionner correctement sans un matériel en bon état de marche, le mental est l’expression de la santé d’un corps que la nature a façonné en des centaines de milliers d’années d’évolution de notre espèce homo sapiens. Le corps est le support du mental, et non le contraire

LE CORPS, CE GRAND ABSENT DE LA PSYCHIATRIE

Alors que l’épigénétique démontre les effets positifs des interventions environnementales sur le mental au travers des exercices modérés, de la nourriture, de la gestion du stress, du plaisir dans l’action, des relations sociales mais aussi du rétablissement de la morphologie, la psychiatrie persiste à intervenir sur un axe essentiellement palliatif : les neuroleptiques et les psychotropes. Au niveau du discours, ces traitements sont censé « stabiliser » le patient pour entreprendre en parallèle un traitement de fond au travers des psychothérapies analytiques et comportementales. Cependant, dans les faits, il est communément admis que les psychothérapies et les psychanalyses sont inopérantes pour les troubles mentaux désignés comme sévères, alors que les statistiques démontrent que les effets des thérapies dites comportementales ne tiennent pas sur la durée, et ceci toujours pour les mêmes raisons : l’absence d’interventions kinesthésiques.

Le point commun entre de nombreuses personnes qui s’affichent comme étant « guéries » est le fait qu’elles ont travaillé également avec le corps…

Plusieurs témoignages démontrent que ceux qui ont travaillé, entre autres, avec le corps présentent de bien meilleurs pronostiques de guérison, voire de rétablissement. Catherine Penney pratiquait de la danse, du Thaï-chi et du Yoga. Saïd Mezamigni, un rappeur, s’est sevré des médicaments, mais il danse et chante tous les jours. Quand à moi, je continue chaque jour à pratiquer mes exercices d’étirements musculaires avec le souffle profond. Enfin, je constate des progrès bien plus rapides, et un meilleur « ancrage aux réalités communes » auprès de mes patients qui agissent avec des moyens environnementaux qui améliorent la relation à leur corps sous toutes ses formes. (Arts, expressions corporelles, relations sociales, marche, cuisine, jardinage, jeûne, etc. etc. etc.)

SE RECONSTRUIRE

Dans tous les cas, les traitements visant à se remettre de troubles qui affectent profondément le sentiment d’identité, sont longs et difficiles. Les étirements sur les chaînes musculaires avec le souffle profond provoquent inexorablement du changement. En situation de thérapie, le patient ressent une profonde détente, il baille, il tousse, parfois même il pleure. Après quelques séances seulement, l’écosystème est bouleversé. Symboliquement, le patient quitte un rivage qui le rassure, aussi pénible soit-il, pour se lancer au large dans l’aventure du changement. Il a brisé les amarres d’une routine morbide et récurrente.

Le corps se détend, les mémoires traumatiques émergent, les symptômes changent, certains disparaissent, d’autres apparaissent furtivement, les diagnostiques sont remis en question. Cette phase est difficile, mais elle est possible car le patient ressent en son for intérieur la force de supporter cette métamorphose. La crainte et la peur qui animaient alors son existence font place à des colères libératrices engendrées par un désir profond de se réaliser en tant qu’individu dans l’existence.

S’il faut du temps, parfois beaucoup de temps, et donc de la patience, c’est qu’il faut se reconstruire. Les troubles ont bloqué le patient dans sa croissance, le laissant avec l’impression d’être un enfant dans un corps d’adulte. Il faut rattraper le temps perdu, mais cela se fait presque naturellement, exactement comme un enfant qui reprend les stades naturels de son évolution.

Ainsi donc, on ne guérit pas de la schizophrénie, mais on change, on se métamorphose, on se reconstruit et on voit progressivement disparaître les symptômes qui nous déclaraient comme tel.

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