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Depuis la révolution industrielle (1840-1940) notre société a induit un monde très différent dans le sens où nous n’avons jamais été autant stressés.

Du coup, la résistance et la gestion du stress sont promues, voire recherchées, dans la majorité des emplois actuels. Les « temps morts » sont signalés, pour être supprimés, par les optimisateurs de profits de toutes les chaînes de montage des organisations humaines, des fabricants d’automobiles jusqu’aux systèmes hospitaliers. Les espaces qui permettaient jadis à l’homme de s’exprimer, de souffler et effectivement de vivre des relations qui donnaient du sens à son activité et donc à son existence, sont effacés au profit du « profit », et ce jusqu’aux confins de l’absurdité.

Nos stress s’inscrivent dans nos gènes et se transmettent aux générations futures dans notre nourriture, dans notre air et dans notre éducation, et nous nous étonnons de mettre au monde de plus en plus d’enfants qui présentent d’emblée une intolérance à supporter ce rythme.

Ils naissent la peur au ventre, parfois animés d’un désir de repli qui ressemble furieusement à une pulsion de mort, et on s’étonne à nouveau s’ils préfèrent le monde aseptisé de leurs mangas et de leurs avatars une fois parvenus à l’adolescence. Dès lors, nous les confions à la psychiatrie qui décèle en eux des « troubles » qu’il faut soigner individuellement avec des pilules, alors que cette société souffre de troubles de la déconnexion, de troubles de l’agitation, de troubles de la perte de sens, de troubles de la performance, de troubles de la virtualisation, de troubles de l’intégration, mais à intégrer ses citoyens les plus faibles qui ne sont que les révélateurs de la fiabilité de ses structures…  

Nous sommes soumis à tellement de stress que nos cerveaux sont constamment en « vigilance-adrénaline ». Nos enfants viennent au monde dans le stress de parents inquiets de savoir s’ils seront « normaux » ou pas. Nos études sont empreintes du stress de savoir si nous aurons du travail. Même nos vacances sont programmées et conditionnées de balises qui nous stressent, à commencer par le fait qu’il faut en profiter, et le pire reste à venir avec les habitudes engendrées par l’hyperconnexion à l’Internet qui hypertrophient nos cerveaux en même temps qu’elles nous éloignent de nos corps.

Le mot « stress », étymologiquement tiré de « détresse », est récent. Lorsque j’étais enfant, je ne connaissais même pas ce terme, alors qu’aujourd’hui, pour le gérer, nous introduisons des cours de Pleine Conscience auprès d’enfants dès l’âge de six ans. Par contre, on ne remet pas trop en question des programmes scolaires toujours axés non seulement sur la performance, mais sur la performance dans tous les domaines. Le plaisir d’apprendre qui anime les gosses jusque vers l’âge de huit ans, car lire, écrire et calculer augmente le pouvoir de se réaliser dans l’existence, fait place aux notions de contrainte, de crainte, de pression et déjà de compétition pour parvenir au top, au détriment de nombreux désespérés qui tombent dans l’apathie. Se créent alors les premières disparités, les résidus, les bavures de la grande machine à produire quelques gagnants, au détriment de nombreux perdants.

Ainsi, si une certaine forme de stress exogène est stimulante et gérable, les cabossés doivent en débattre avec un stress endogène et sournois induit par leurs traumatismes.

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